La fête du Tet à Cai Mon

 

Je suis au Vietnam pour une durée de quelques mois, mais j’habite en ville et c’est donc avec une grande impatience que j’attendais de pouvoir découvrir un village de campagne. Mon impatience d’aller à Cai Mon était d’autant plus grande que je prévoyais d’y passer la fête du Tet, le Nouvel An lunaire.

Une fête familiale traditionnelle

J’ai été très marqué par ces 3 jours de fête. Le Tet est d’abord l’occasion pour chacun de se souvenir de sa place naturelle dans la succession des générations. Les familles se rassemblent au complet chez les grands-parents, la maison est toute ornée de fleurs jaunes et oranges, et on privilégie spécialement le culte des ancêtres. C’est le temps des voeux : un enfant adresse solennellement des souhaits à ses parents au nom de tous. C’est aussi le temps du pardon et de la révision de vie : les parents peuvent adresser des reproches à leurs enfants pour des évènements survenus l’année passée et des conseils pour l’année nouvelle. Pendant 3 jours, on échange des visites : selon la tradition, le premier jour du Tet, un Vietnamien rend visite à ses parents ; le deuxième jour, à ses beaux-parents ; et le troisième jour, à son professeur. Mais c’est aussi l’occasion de se rendre de maison en maison pour partager les joies et les peines des autres foyers, autour d’une tasse de thé et de quelques confiseries toujours prêtes à être servies.

Une fête de toute la paroisse

J’ai vécu non seulement un Tet vietnamien, mais surtout un Tet chrétien, et c’est sur cet aspect que je voudrais maintenant m’étendre davantage. Ici la notion de famille n’est pas aussi restreinte qu’en Occident, et l’Eglise est donc tout naturellement la “grande famille”. Les rites familiaux sont donc tout aussi présents au sein de l’Eglise. Le curé de la paroisse est comme un père pour les fidèles, qui viennent très nombreux lui souhaiter une bonne année au presbytère. À son tour, le curé adresse ses voeux aux familles de la paroisse, soit en leur rendant visite lui-même, soit par l’intermédiaire des séminaristes par exemple. J’ai ainsi eu la joie de visiter de nombreuses familles avec certains d’entre eux : le premier jour du Tet, 2 groupes de jeunes parcourent la paroisse pour exécuter la traditionnelle danse de la licorne dans les maisons et, à l’issue de celle-ci, un séminariste transmet à la famille visitée les voeux du Père. Le Tet est aussi une période de particulière sollicitude de la paroisse pour les pauvres, qui sont nombreux à recevoir des cadeaux et même à participer à un repas de fête.

Une fête liturgique

Mais c’est à l’église que la “christianisation” du Tet est la plus visible. Le premier jour, les fidèles affluent par milliers, en tenue de fête, pour la première messe de l’année à 5h du matin. Celle-ci débute par une grande procession ; après l’homélie a lieu un acte de vénération solennelle adressé à Dieu, à la Vierge Marie, aux saints ; un conseiller paroissial adresse des voeux officiels au curé ; une délégation d’enfants demande pardon aux parents et promet de leur obéir ; les corbeilles des premiers fruits sont apportées en offrande. Le deuxième jour, les gens sont tout aussi nombreux à venir prier pour les défunts. Le troisième jour, la messe est célébrée pour le travail de l’année nouvelle et, pour représenter symboliquement les différents métiers, des outils et des produits du travail sont apportés à l’autel.

Il est impossible de tout raconter, tant cette fête se vit surtout “de l’intérieur”. J’ai découvert une manière d’envisager les relations humaines, marquée par le respect des anciens et le culte des ancêtres, qui est inconnue en Occident. Je vous souhaite de faire vous aussi cette riche expérience, si la grâce de Dieu vous conduit un jour jusqu’à la si belle paroisse de Cai Mon…

 

Jean-Malo de Beaufort, séminariste